(Le fragment de l''article «HOMO ESCROCUS»)
Depuis longtemps, il m’arrive d’entendre des avis et propos selon lesquels l’ordre dont il est question ici, gouverne le monde. Je n’ai jamais pris au sérieux ce genre de dissertations. Il m’arrivait parfois de contester cette approche, de la qualifier d’aberrante, mais le plus souvent, je laissais tomber.
Par principe, les théories de la conspiration m’étaient toujours étrangères. Elles ne m’intéressaient pas et me faisaient plutôt bailler. Je croyais que, d’une part, la vie est beaucoup plus mystérieuse et compliquée que toutes sortes de schémas abstraits spéculatifs et que, d’autre part, elle est plus simple que ne la présentent les avocats de cette théorie. Ma vision des choses là-dessus n’a changé ni en prisons soviétiques, ni après.
La connaissance personnelle de dissidents a, dans un premier temps, provoqué en moi une considération respectueuse envers cette communauté corporatiste. Avec ces personnalités, je me sentais à l’aise dans la mesure où, en règle générale, on est toujours bien en compagnie de gens intelligents, instruits, cultivés et talentueux. Egalement, j’étais admiratif devant les victoires militaires d’un Etat minuscule qui devait faire face à des voisins hostiles, approvisionnés en armes par le Kremlin. Bref, mon attitude envers la Corporation et l’Etat qu’elle a mis en place, avait toujours été plus que loyale.
J’ai compris certaines choses bien plus tard – seulement lors de mon séjour aux Etats-Unis où j’ai retrouvé mes compatriotes émigrés. Cette rencontre m’a enlevé les œillères. En fait, ces compatriotes (issus à cent pour cent des rangs de la Corporation) se faisaient passer là-bas pour des réfugiés qui auraient été persécutés en raison de leur appartenance ethnique. Contrairement aux fonctionnaires des services d’immigration US, je connaissais la vraie valeur de leurs «témoignages» macabres sur les «oppressions» et «persécutions». Cette imposture de masse fut une véritable révélation pour moi.
Il est de notoriété publique que l’URSS ignorait les libertés civiles élémentaires. Il est de notoriété publique que l’URSS était en proie à l’arbitraire et au despotisme. L’ensemble du peuple soviétique était dépourvu de tous droits. Naturellement, cela concernait aussi les membres de la Corporation. Dans les années particulièrement mouvementées, certaines catégories de la population et certains groupes ethniques ont subi de telles épreuves, qu’elles correspondent entièrement à la notion de génocide. Mais les membres de la Corporation sont loin d’être les principales victimes du bolchevisme, du stalinisme et du communisme en déclin. Au contraire, de nombreux fils de la Corporation ont été complices des forfaits communistes. Curieusement, à l’époque de leur émigration massive de l’URSS, la gestapo soviétique était dirigée par Andropov (devenu ultérieurement chef de l’Etat soviétique) qui – détail piquant – appartenait ethnique à la Corporation. En tout cas, c’est ce que nous révèle – non sans fierté – le site corporatiste http://sem40.ru dans sa rubrique «Il faut connaître les nôtres».
Et voilà ces soi-disant «réfugiés», qui en URSS étaient majoritairement mieux lotis sur le plan social que les autres ethnies, de se proclamer victimes de persécutions ethniques. Les membres de la Corporation se faisaient tellement concurrence en matière d’imposture sur ce sujet, qu’ils en ont fait une nouvelle discipline sportive. Seulement, contrairement aux épreuves sportives ordinaires, dans cette discipline tous les participants étaient gagnants. Emportés par un élan mensonger sur les supplices infernaux qui leur étaient infligés à cause de leurs origines, ils parvenaient tous à la ligne d’arrivée pour toucher le prix – le statut de réfugié, qui leur assurait un tas de privilèges.
C’est ainsi que les membres de la Corporation devenaient «pensionnaires» des pays favorisés. Y compris ceux d’entre eux qui avaient mis leurs talents au service du pouvoir communiste en prolongeant ses jours, et touché toute sorte de primes et distinctions des mains des autorités communistes pour leurs mérites particuliers.
Il est devenu évident pour moi que ces faux réfugiés étaient, en tout premier lieu, des émigrés économiques en quête de nouvelles opportunités. Naturellement, ils avaient aussi d’autres motivations, mais la composante économique était l’une des plus importantes. Certains de ces faux réfugiés – ceux d’entre eux qui n’ont pas réussi à se caser confortablement dans la vie – regrettaient leur émigration. Au fond, cela mettait à nu leur nature profonde et faisait apparaître leur indifférence absolue pour les libertés américaines. Pour ces gens-là, le statut social faisait beaucoup plus de poids que les libertés civiles. Autrement dit, il vaut mieux être professeur d’université ou chef de n’importe quel organisme dans un pays pas libre, que chauffeur de taxi ou travailleur manuel, ce qui est moins prestigieux, dans une Amérique libre.
On peut se faire une idée de l’ampleur de l’imposture, quand on sait que des millions de mes compatriotes s’étaient installés en Occident sous prétexte de «fuir les persécutions à cause de leur origine».
Une autre leçon inoubliable m’a été donnée par l’un de ces «réfugiés», avec lequel j’ai brièvement travaillé dans un petit atelier de meuble à New-York. Une fois, pendant la pause déjeuner, il s’est mis soudainement à me dire avec enthousiasme des choses que l’on peut résumer littéralement ainsi: «Le monde entier nous est soumis». Sur le coup, je n’en ai pas cru mes oreilles. Son discours n’était pas fait pour les gens aux nerfs détraqués. Il est superflu de préciser que le «réfugié» prolifique m’a pris pour un des siens. Sur tout le reste, il produisait une bonne impression: c’était un grand professionnel et tout ce qu’il faisait était fin et beau.
Une leçon non moins impressionnante m’a été administrée bien des années après, lorsque certains représentants de la Corporation, soucieux de disculper un criminel (lui aussi membre de la Corporation) ont déclenché contre moi une campagne médiatique mensongère de dénigrement. J’y ai répondu par mon article: «De la dissidence au stalinisme – il n’y a qu’un pas».
J’ai aussi appris pas mal de choses grâce aux médias français, avec la façon dont ils choisissent les priorités dans leur couverture des évènements. Il s’est avéré qu’à leurs yeux, une information sur une ressortissante russe inconnue, impliquée dans l’enlèvement de sa fille et les violences contre le père de cette fille, est beaucoup plus importante que celle sur un crime similaire, perpétré par un membre renommé de la Corporation, lui aussi impliqué dans le passage à tabac d’un homme. Alors que l’histoire de la ressortissante russe a fait beaucoup de bruit, les médias français ne brûlaient pas d’envie de couvrir les activités du membre de la Corporation.
Pour ce qui est du silence observé sur la menace cybernétique émanant de la Russie, j’en ai déjà parlé.
Non sans regret, j’y omets pas mal de mes autres constatations concernant le comportement et les activités des membres de la Corporation. Tout simplement, je dois m’imposer des limites dans la mesure où – sans ces limites – l’article risque de gonfler et de se transformer en un livre.
Cet article ne résulte pas d’une enquête exclusive sur les coulisses secrètes et soigneusement dissimulées de la face cachée d’un quelconque mystère. Ce travail n’a nécessité aucun document secret, religieusement gardé dans des archives inaccessibles. Il ne demande que la présence d’un esprit capable de résister aux fluides de la propagande de masse et, naturellement, les yeux largement ouverts sur le monde et débarrassés des oeillères. Hélas, il est rarement possible de réunir ces conditions dans la mesure où les gens immunisés contre la propagande de masse sont très peu nombreux, alors que les œillères qui limitent le champ de vision, sont innombrables.
En conclusion, je tiens à revenir à l’idée clef:
La nationalité multiple (ou «polynationalité») – est une institution vicieuse. Institution qui bafoue les normes éthiques et les principes de l’égalité civile, sans parler du principe de base selon lequel personne n’est en droit d’avoir plus d’une voix de vote.
Juste, une dernière chose.
On aimerait espérer qu’un jour la société occidentale sera suffisamment mûre pour s’interroger sur les effectifs et la disposition des armées des «Figaros violets», animés par l’idée qui peut se résumer en six mots: «Le monde entier nous est soumis».
Paris, 2009 ¤ Sergey POTYLITSYN