«HOMO ESCROCUS»

Traitant de deux sujets complètement différents, les deux articles regroupés ici forment, néanmoins, un ensemble indivisible

 

ARNAQUEURS ET HACKERS AU SERVICE DU FSB



En naviguant sur Internet, je suis tombé sur…, d’ailleurs, il est plus facile de citer un petit passage de la page web, sur laquelle je suis tombé:

« Programme espion dans un portable, unique en son genre.

Comment ça fonctionne:
Imaginez un portable posé quelque part dans une pièce, sur une table, par exemple. A tout moment, Vous pouvez l''appeler, mais – quand la ligne est connectée – l’appareil ne sonne pas et rien n’indique l’appel sur l’écran. Ce dernier se présente comme si l’appareil était au repos, alors qu’en régime caché le combiné se décroche. Maintenant, Vous pouvez entendre tout ce qui se passe dans cette pièce à partir de n’importe quel autre téléphone. C''est-à-dire, le portable en question se transforme en mouchard téléphonique. Pour que ça marche, il vous suffit d’installer sur son circuit notre programme «SpyPhone-1» et indiquer dans les options le «numéro privilégié» – l’appareil mouchard n’est activé en régime caché que s’il est appelé à partir de ce numéro. Lorsque les appels proviennent d’autres numéros, il fonctionne comme un téléphone banalisé, c''est-à-dire qu’il produit toutes les indications sonores et lumineuses habituelles ».

Voilà un service bien charmant (assorti d’un tas d’autres options plutôt «spéciales») qu’offrent certains «bienfaiteurs» russes anonymes sur le site web http://phonespy.ru, http://www.xakep.ru/post/34822/default.asp?page=4 , ainsi que sur plusieurs autres adresses avec l’extension «ru».
Supposons que la vente par Internet des programmes de mouchardage téléphonique ne relève que d’une arnaque plus ou moins sophistiquée ayant pour objectif d’alléger les bourses des gens naïfs, ce soft serait donc bidon. Dans ce cas, le coup est psychologiquement bien calculé : l’acheteur abusé ne sera guère tenté de faire un scandale et d’avouer publiquement sa prédilection pour ce genre de «marchandise».
Franchement, c’est un « bon business » plutôt rentable semble-t-il, qui ne demande pas trop d’efforts et permet de ne pas se mouiller outre mesure. En effet, il se trouvera pas mal d’acheteurs « curieux » des deux sexes et de toutes conditions sociales, envahis d’une envie irrésistible d’apprendre la vérité sur sa moitié, sur son collègue, partenaire, voisin/voisine, concurrent, patron/subordonné et ainsi de suite.
Mais en l’occurrence, ce ne sont point les acheteurs qui m’intéressent, mais les «vendeurs» abusant de leur confiance. Qui sont-ils?
Il est de notoriété publique qu’en Russie même le business le plus innocent (du genre, commerce de fleurs ou de sous-vêtements) est impossible sans partage des bénéfices avec les autorités, criminalisées à cent pour cent. Il en découle que la distribution des technologies informatiques d’espionnage (même si l’on admet que cela ne serait qu’une arnaque de plus) est en principe impossible sans que ces autorités ne soient au courant et ne le «supervisent». Par ailleurs, ce sujet mérite un petit détour historique sur les arnaques pratiquées en Russie (et en ex-URSS) tant par des personnes privées que par l’Etat.
Je vais commencer par la première période post communiste.
Les autorités russes en place dans les années 90 du siècle écoulé ont acquis une expérience inégalée en matière d’arnaques gigantesques à l’égard de leur propre peuple, à commencer par la privatisation, lorsque – moyennant les «bons de privatisation» («vouchers») – des inconnus ont amassé en quelques mois des fortunes estimées à des centaines de millions de US dollars. Avant leur enrichissement fabuleux, ces gens-là résidaient dans des deux-pièces minuscules au cinquième étage et circulaient en «Lada» cabossées. C’est du jamais vu dans l’histoire de l’humanité.
Les plus perspicaces des nouveaux millionnaires et milliardaires ont compris la nécessité de partager leurs richesses avec le pouvoir puisque c’est bien celui-ci qui leur avait permis d’escroquer le peuple. Leurs «collègues» moins perspicaces ont cru que – l’argent aidant – il était grand temps de prendre le pouvoir. Aujourd’hui, l’un est en prison et l’autre – en exil. Mais les vrais champions de la perspicacité ont fusionné avec le pouvoir.
Néanmoins, revenons à nos «vendeurs» du soft virtuel d’espionnage.
Convenez que, tout de même, ce «business» est un peu spécial. Dépassant le cadre d’une arnaque «classique». Par ailleurs, aucun escroc ne courra le risque d’exercer une telle activité sans «couverture» appropriée. Or, compte tenu de la nature de la «marchandise» et du fait que le pays est entre les mains des services secrets, une telle «couverture» ne peut-être offerte que par lesdits services.
Ne serait-il pas plus simple de supposer que cette arnaque d’envergure sur Internet a été entreprise par les services secrets russes eux-mêmes qui, aujourd’hui contrairement à l’époque soviétique, échappent au contrôle du Kremlin? Au contraire, c’est cette nouvelle race de tchékistes qui contrôle à l’heure actuelle à cent pour cent le Kremlin.
Si auparavant la Loubianka était au service du parti (en la personne du PCUS), actuellement c’est le parti («Russie Unie»), qui est au service de la Loubianka. Bref, aujourd’hui la Loubianka est aux commandes du pays, et tout porte à croire que l’appétit lui vient en mangeant: effectivement, c’est l’occasion de se venger des humiliations de 1991. Il est parfaitement évident que le tchékiste Poutine n’a pas quitté le Kremlin. Il a pris racine dans ce haut lieu. Pour ce qui est de Medvedev, loin d’être président, il fait de la figuration, rôle que lui a été réservé par la Loubianka. Tout en étant honorifique, ce rôle est aussi humiliant. Ce pseudo président, qui n’a pas eu le temps de se familiariser avec son nouveau fauteuil, qui n’a réussi à résoudre aucun problème grave du pays et qui ne s’y est même pas attaqué, a néanmoins initié sans autre forme de procédure et entériné l’amendement à la constitution, prolongeant d’une fois et demi la durée du mandat présidentiel en Russie. Ainsi, le président de pacotille a rempli la principale mission confiée par les patrons complices, qui l’ont installé dans le fauteuil présidentiel dont il ne rêvait même pas.
Il convient de signaler qu’entre-temps son prédécesseur à ce poste, Vladimir Vladimirovitch Poutin, a été érigé par les efforts des média acquis au Kremlin (il n’en reste presque pas d’autres) au rang de «leader maximo», qui se trouverait dans l’esprit des gens au dessus du poste présidentiel. Certes, il est encore loin du rayonnement du leader-soleil de la Corée du Nord, mais il est sans aucun doute sur la bonne voie pour un jour prendre cette dimension.
Le «leader maximo» de toutes les Russies a révélé sur un ton de la plus grande sincérité à son peuple (on dirait presque, à ses paroissiens), que le fauteuil présidentiel est comparable au banc d’un galérien, tant le poids de la tâche est écrasant. Il ne nous reste qu’à se demander pourquoi une place sur ce banc demeure-t-elle si attrayante au vu de l’énormité du fardeau ? La réponse à cette question, sans aucun doute purement rhétorique, est facile à découvrir sur Internet.
Ainsi, quand j’ai trouvé sur le Web des infos relatives au château de Poutine en France, j’ai mis un zèle ardent à dénicher un quelconque démenti. Je n’ai rien trouvé. Par contre, je suis tombé sans peine sur les noms d’autres politiciens russes, qui avaient acquis des nids douillets dans des contrées plutôt éloignées de la Russie. Sans parler des biens immobiliers rachetés à la pelle à l’intérieur du pays (soit disant, pour les besoins du parti, comme l’assure Jirinovskiy).
C’est ainsi qu’il est aujourd’hui, le pouvoir en Russie.
Il est superflu de dire que le pouvoir tchékiste est génétiquement incompatible avec les idéaux des droits de l’homme. Ce qui ne l’empêche pas – compte tenu des impératifs du monde contemporain – de bien maîtriser le vocabulaire démocratique, Poutine, Medvedev et compagnie ne manquant pas l’occasion de placer au moment où il le faut des formules «démocratiques» irréprochables. On peut en faire tout un recueil. Par ailleurs, parler de la promotion de la démocratie, tout en la bafouant peut être aussi considéré comme une sorte d’arnaque. Mais ce qui relève vraiment de l’exercice de haute voltige en matière d’arnaque politique, c’est l’opération d’installation sur le trône du Kremlin de Medvedev, fidèle serviteur de la Loubianka. Cela fait qu’en Russie l’escroquerie et l’arnaque sont devenues totales, omniprésentes et illimitées. Politique, affaires, idéologie – aucun domaine de la vie publique n’y échappe. Par ailleurs, l’escroquerie et l’imposture, faisant partie intégrante de l’existence – n’appartiennent pas exclusivement à la période post communiste, le mensonge étant à l’origine même du mouvement communiste. Rappelons-nous le slogan éhontément mensonger du PCUS remontant à la dernière période du pouvoir communiste, celle de la stagnation: «Le bien-être populaire est la haute priorité du parti». Il est évident que, loin de disparaître avec l’effondrement du communisme, l’imposture a pris des dimensions et formes nouvelles. Elle a même donné naissance à un nouveau métier, celui de la «communication». Parmi les «projets» les plus récents de modernes gourous de la communication tchékiste on peut citer la mise en place d’une «opposition» de pacotille. Une telle aberration et un tel mépris de l’opinion publique ne sont possibles qu’en Russie.
Il faut se rendre à l’évidence qu’en matière d’escroquerie et d’imposture, les autorités actuellement en place en Russie ont de loin dépassé leurs ancêtres communistes. Comme on dit, les élèves ont dépassé leurs maîtres. La langue russe s’est même enrichie d’un nouveau mot: «lokh», – pour désigner un «pigeon», un «gobe-mouches», un «plouc» à qui l’on fait impitoyablement payer sa naïveté. Lorsqu’une arnaque prend de l’envergure et fait des centaines, des milliers, voire des millions de victimes, ce genre de fraude s’appelle alors «lokhotron» (en français on dirait «ploucotron»). En Russie vous ne trouverez personne qui n’ait souffert, un jour ou l’autre, de ce «ploucotron» national, privé ou public.
J’ai cru nécessaire de faire une si vaste digression par rapport à notre sujet initial, qui paraît être plutôt étroit, pour la bonne raison qu’en réalité il n’est point si étroit que cela. En effet, la digression ainsi développée permettra au lecteur de mieux comprendre les raisons de l’apparition sur le Web de ces intrépides «vendeurs» du soft d’espionnage par téléphone, qui ne craignent rien ni personne.
En l’occurrence, il s’agit de quelque chose qui dépasse le cadre d’un «simple trafic» frauduleux par Internet (parallèlement, pourquoi ne pas arnaquer du coup des «lokh», les tchékistes étant actuellement eux-mêmes acquis aux valeurs de «l’économie de marché» entre guillemets et arnaqueurs hors pair sans guillemets?). Les objectifs majeurs de cette opération de la Loubyanka sont:
- premièrement, l’étude de la demande pour ce genre de « marchandise », c''est-à-dire, une sorte de sondage de la clientèle humaine;
- deuxièmement, c’est aussi le sondage de la réaction de la communauté internationale pour voir dans quelle mesure elle va se montrer tolérante par rapport à ce genre d’« activités ». En fonction de cette réaction, le FSB va soit rectifier le tir (sans l’arrêter), soit passer à l’étape suivante planifiée de cette opération (je l’appellerais «Grosse oreille»).
Or, à la plus grande surprise de la Loubyanka, la communauté internationale se montre plus que tolérante et ne pose à Moscou aucune question embarrassante. Si elle lui en posait une, Moscou, sans éprouver aucun embarras, déclarerait qu’elle n’est pour rien dans cette affaire montée par des hackers inconnus. Tout comme la Loubianka avait eu assez de culot pour déclarer que ses agents, pris en flagrant délit du plastiquage d’un grand immeuble d’habitation dans la ville de Riazan, procédaient tout simplement à un exercice. Cette explication, plus qu’absurde, avait à l’époque satisfait tout le monde.
Seulement, je le répète, personne ne pose aucune question. Personne ne se demande comment les autorités russes arrivent à ne pas remarquer les prétendus hackers qui jouent gaillardement les James Bond à leur nez et à leur barbe?
Alors, cette question, moi je la pose, puisque personne d’autre ne le fait.
A propos, je ne me pose pas la question de savoir pourquoi les forces de l’ordre russes n’arrivent jamais à mettre la main sur les assassins, ni sur les commanditaires des meurtres de gens courageux et hors pair, qui posent des problèmes au Kremlin et à la Loubianka? La liste de ces meurtres est effroyablement longue: de Galina Starovoytova, députée à la Douma, au journaliste de la «Novaya Gazeta» Youri Chtchékotchikhine, en passant par Alexandre Litvinenko, qui a eu le courage de mettre à jour les crimes du FSB. Cette liste ne cesse de s’allonger, mais les autorités persistent dans leur incapacité à trouver les assassins, qui se pavanent ouvertement et sans craindre qui que ce soit – souvent même, à deux pas du Kremlin. Mais, je le répète, je ne m’interroge pas là-dessus, car je réalise toute la naïveté d’une telle question, dans la mesure où pour moi il est évident qu’une telle impunité est la prérogative soit de ceux qui touchent leurs salaires au FSB, soit de ceux qui bénéficient de ses sympathies avérées.
Le problème des «hackers inconnus» est tout aussi clair pour moi - je me pose cette question à la place de ceux, qui sont tenus de le faire par la force de leurs obligations professionnelles, mais ne le font pas.
Je comprends que ne pas avoir les yeux en face des trous, quand il s’agit des crimes et de l’arrogance de Moscou, relève désormais en Occident d’une tradition, présentée par les politiciens occidentaux comme «signe de sagesse». Mais à Moscou ces «signes de sagesse» ne suscitent qu’hilarité méprisante et tentation de provoquer sans cesse les «sages» politiciens occidentaux, en les forçant à se voiler la face devant les nouveaux actes arbitraires qui se font sous leurs yeux. Tout porte à croire que les hydrocarbures ont la bizarre propriété d’exercer un effet tout à fait contraire sur les politiciens en fonction de leur position par rapport à l’ex-rideau de fer aboli: excitant à Moscou et anesthésiant dans les capitales d’Europe de l’Ouest.
Et quel peut être l’effet de l’absence des hydrocarbures?
Hélas, les politiciens occidentaux exagèrent un peu trop la capacité de la Russie à utiliser gaz et pétrole comme une «arme énergétique», Moscou n’ayant pas d’autres débouchés comparables pour ses hydrocarbures. Par ailleurs, les oléoducs et gazoducs ne sont pas posés vers d’autres destinataires. Privé de recettes pétrolières et gazières, le régime criminalisé et économiquement inefficace rendra l’âme avant que les économies occidentales ne s’écroulent.
Cette approche ne nie pas la nécessité de rechercher des sources énergétiques alternatives. Il est toujours souhaitable d’avoir une solution de rechange.
L’Occident qui traite avec la Russie, ne doit jamais oublier que la Russie est plus qu’un grand pays qui ne se porterait pas trop bien. C’est un pays qui a récompensé d’une manière provocante et ostensible un agent du FSB, soupçonné d’être impliqué dans l’assassinat à Londres du dénonciateur des crimes des services secrets russes, récompensé en lui attribuant un siège à la Douma d’Etat. (au lieu d’extrader l’agent en question à la requête de Londres). Londres, tout comme l’ensemble de l’Occident molasse, a avalé la couleuvre.
Malheureusement, l’Occident n’a plus les leaders de la même envergure que Ronald Reagan, qui avait eu le courage de défier la «sagesse» politicarde et de qualifier ouvertement et tout haut l’Union Soviétique d’Empire du Mal. Ce qui n’avait pas fait écrouler le monde, on le sait aujourd’hui, alors que l’empire, qui s’étendait sur un sixième des terres émergées et à travers les dix fuseaux horaires, s’était écroulé comme un château de cartes.
La Russie d’aujourd’hui, c’est le plus grand éclat de l’Empire du Mal et rien n’indique qu’il y ait moins de MAL que par le passé.
Est-ce que cela veut dire que le monde démocratique va continuer à garder le silence? Continuer à se taire et à préparer de nouvelles distinctions destinées aux criminels, escrocs et arnaqueurs? J’ai perdu le compte des distinctions reçues par Poutine des mains des hommes d’Etat des pays démocratiques. Ce spectacle honteux est un outrage direct à la mémoire des victimes du régime poutinien. Cela dépasse ma compréhension: comment expliquer que les plus hautes distinctions des pays démocratiques sont attribuées aux dirigeants coupables d’avoir provoqué des guerres criminelles, piétiné les libertés démocratiques, d’avoir transformé leurs services secrets en escadrons de la mort. Alors, je dis à ceux qui les distinguent : toujours, tôt ou tard, la complaisance à l’égard des criminels finit par une tragédie. En l’occurrence, il ne s’agit même plus de complaisance, mais d’incitation.
Il serait intéressant de savoir comment va s’appeler la prochaine décoration qui sera décernée à Poutine et quel pays va le distinguer ainsi?

Paris, janvier 2009 ¤ Sergey POTYLITSYN

P. S. Ce sujet est loin d’être épuisé. Dans mon prochain article, je pourrais raconter comment les mêmes (ou, peut-être, pas tout à fait les mêmes) hackers anonymes russes proposent à tout client anonyme un service assez spécial: l’accès au contenu de n’importe quelle boîte aux lettres électronique. Autrement dit, moyennant un prix négocié, ils vendent les mots de passe de n’importe quelle messagerie électronique.



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ESCROCS «ELUS DE DIEU»
ou
REFLEXIONS SUR UN SUJET TABOU


Initialement, je n’ai proposé cet article qu’au «Le Canard enchaîné». J’ai entendu dire que ce journal est le plus courageux. M’étant persuadé que le journal «le plus courageux» reste muet, j’ai soumis mon papier au journal «Le Monde diplomatique». De nouveau, silence de mort. J’ai alors « semé à tout vent », en laissant mon manuscrit dans «Libération», «Le Monde», «Le Figaro», «Le Parisien» et «Paris-Match».
Mais leurs rédactions (ou, plus précisément, leurs propriétaires) ont fait preuve d’une unanimité adorable, en opposant leur veto à la couverture du sujet que j’avais soulevé.
Pourquoi ça? Est-ce, peut-être, pour la bonne raison qu’ils sont tous sûrs et certains que ce sujet n’intéresse pas les français?
J’aimerais bien poser cette question directement aux français, sans passer par les patrons des médias, pour avoir les réponses des français eux-mêmes. Il serait aussi intéressant d’avoir des explications des propriétaires des médias. En sachant que toutes leurs explications sur le complot du silence, même biaiseuses, m’intéresseraient.

Il y a un certain temps de cela, j’ai publié sur Internet mon article intitulé: «Les médias sont au service de qui?». J’y démontrais que les médias russes ne sont pas uniquement et exclusivement sous la coupe du Kremlin, mais aussi… d’un ordre assez spécial. Ordre qui ne connaît pas de frontières étatiques. Ordre dont nombreux sont les membres à avoir deux, trois, voire quatre nationalités. Par ailleurs, une question bizarre m’est venue à l’esprit: dans quel pays participe, aux élections présidentielles, le détenteur de quatre passeports différents ? Egalement dans les quatre? (Figaro – ci, Figaro – la?).
Dans l’ensemble des pays démocratiques, la polygamie est interdite. Seulement, le problème, c’est que, sur le plan éthique, je ne vois pas de différence de principe entre la polygamie et la polynationalité.
A mon avis, l’apparition du phénomène de la polynationalité n’est pas du au hasard. Mais ce sujet mérite une étude à part, pour mieux cerner le rôle de l’ordre mentionné ci-dessus dans la transformation de la haute notion patriotique de nationalité (citoyenneté) en louche omniprésence «à la Figaro». Sans aucun doute, on ne peut que donner raison à ceux des Etats, qui ne tolèrent pas sur leur sol ce louche institut de polynationalité.
Pour désigner cet ordre qui se met au-dessus des autres Etats du monde, j’ai utilisé une définition exhaustive, celle de corporation profondément échelonnée.
Actuellement, je me suis persuadé qu’en France aussi cette «corporation» mène le bal. A partir d’un certain moment, j’ai compris qu’elle est plus puissante que le Kremlin (et, certainement, pas seulement le Kremlin) et qu’elle dispose de gigantesques ressources médiatiques de lavage de cerveaux au niveau de toute la communauté internationale.
Ceux qui réagissent avec rage à cette affirmation sont indéniablement membres de ladite «corporation», leur indignation publiquement exprimée faisant office d’aveu public d’adhésion. J’aimerais bien entendre ces cris d’indignation. Plus ils seront nombreux et forts, mieux les membres de la «corporation profondément échelonnée» vont ainsi se révéler. Mais peut-être, ces «Figaro» auront-ils assez d’intelligence pour se taire, les dents serrées. Car autrement, le monde va apprendre avec stupéfaction combien ils sont à l’intérieur de toutes les autres communautés et quel signe distinctif commun les unit. En outre, cette indignation des membres de la «corporation», indignation unanime et enragée, m’aurait procuré de la matière première abondante pour un grand article sur le mensonge. Effectivement, le mensonge omniprésent et professionnel, concocté par des professionnels de haut niveau, est l’instrument essentiel dont cette « corporation » se sert pour étendre son influence et tirer incessamment de nouveaux profits de toute chose. Son autre instrument, c’est une surdité absolue quand il s''agit de la voix de la vérité, l’omission de la vérité étant l’une des formes du mensonge total.
Sans aucun doute, les médias constituent le meilleur moyen de propagation du mensonge. Cela fait longtemps que la «corporation» a réalisé qu’il est plus efficace, sûr, et moins onéreux de miser sur les médias (c’est à dire, sur le lavage de cerveaux) plutôt sur les chars et les bombardiers (pourtant, l’un n’exclut par l’autre). Et ce n’est point le Kremlin qui menace cette «corporation». Bien plus, les chefs de la «corporation» sont prêts à vendre au Kremlin des technologies de pointe à double usage.
Sur le plan plus général, le Kremlin et la «corporation» sont très proches psychologiquement dans la mesure où leur image de marque repose sur un mensonge gigantesque et omniprésent. Forcément, c’est la voix de la vérité qui est leur ennemi numéro un. (En conséquence, le danger principal pour les deux émane de la voix de la vérité). L’unique obstacle à leur cohésion intime dans la lutte contre la vérité, c’est l’internationalisme génétique du Kremlin, alors que la «corporation» est génétiquement monoethnique. Et c’est la raison pour laquelle les intérêts de ces deux «corporations» coïncident rarement.
Je félicite la société française du degré d’indépendance des médias français qui, par les soins de la «corporation monoethnique profondément échelonnée» est comparable à celui des médias russes. J’avoue ma honteuse naïveté à avoir fait cette découverte seulement la soixantaine passée, uniquement après avoir eu l’occasion d’observer de plus près l’Occident que j’aime beaucoup. Pourtant, supposer que seulement la France aurait des problèmes d’indépendance de ses médias, relèverait non plus de naïveté, mais de bêtise pathologique. Il est évident que ce phénomène touche de loin ou de près tous les pays Occidentaux.
Cet état de choses résulte, d’une part, d’une suprématie intellectuelle indiscutable de la «corporation» sur la communauté internationale et, d’autre part, de la stupéfiante crédulité infantile de la société occidentale.
L’intelligence subtile de la «corporation monoethnique», doublée de son égocentrisme à toute épreuve, revient très cher à la communauté internationale. Et la communauté internationale – exactement comme les ploucs russes, règle aveuglément n’importe quelle facture que lui présente la «corporation».
Fait stupéfiant, une loi absurde adoptée dans un bon nombre de pays assimile toute critique de cet état de choses ou la révision de certaines pages de l’histoire concernant la «corporation» à des tentatives d’attiser la haine envers la «corporation», autrement dit, elle les criminalise. Parallèlement, la « corporation », quant à elle, ne se voit imposer aucune restriction quand il s’agit de semer la haine ou de mettre des étiquettes de toute sorte, sans discernement.
Alors, une question s’impose: comment le législateur occidental, habituellement soucieux de combattre toute discrimination, ne voit pas l’absurdité juridique d’une loi (imposée à l’époque par le lobby «corporatif»), qui entérine la prédominance d’une «corporation» sur le reste du monde? Ou s’agit-il en l’occurrence d’un nouvelle manifestation de «discrimination positive» au profit de la «corporation», dont on peut multiplier sans cesse les exemples?
Ayant à sa disposition exclusive une loi qui discrimine ouvertement tous les peuples, la «corporation» s’est fait un malin plaisir de s’en servir comme d’un gourdin, sans se gêner.
Et si on ouvrait, finalement, les yeux pour voir la situation d’un autre point de vue.
La loi, on le sait, interdit de mettre en doute les crimes nazis contre la «corporation», alors que la loi n’interdit point d’affirmer que les tyrannies communistes n’ont pas commis d’atrocités de masse et de qualifier Staline de manager performant. Pourquoi une perception aussi dégoûtante du communisme, de Staline, de Mao et d’autres «petits pères des peuples» peut avoir droit de cité, alors qu’elle humilie les sentiments des innombrables victimes du communisme? Et notamment les miens. Je ferais remarquer que, quantitativement, les victimes du communisme sont des dizaines de fois plus nombreuses que celles de la «corporation». Par sa durée, la terreur rouge s’est maintes fois plus prolongée que la terreur brune, et la géographie des bains de sang communistes a juste épargné l’Australie et l’Antarctique. Pourquoi alors l’interdit ne frappe-t-il pas l’idéologie communiste? Pourquoi personne n’est poursuivi en justice pour des propos vexant des millions de victimes du communisme?
Cela n’implique aucune responsabilité: ni pénale, ni même morale. N’est-ce pas parce que les fils de la «corporation» ont été incroyablement nombreux à participer avec enthousiasme tant aux innombrables crimes du communisme qu’à la glorification de la tyrannie communiste, voire à la mise en place des «bases idéologiques» des théories communistes? Je rappelle qu’il y avait eu à l’époque une «science» baptisée «communisme scientifique», qui faisait vivre des hordes de «philosophes – chercheurs». Tout porte à croire que les nazis étaient plus modestes: ils n’ont pas eu l’idée géniale de qualifier leur idéologie de «fascisme scientifique».
Prenons un tout autre exemple dans un tout autre domaine : il s’agit en l’occurrence d’un documentaire télévisé qui prouvait soit disant «scientifiquement» que les américains n’ont jamais débarqué sur la Lune. Ainsi, les auteurs du film cherchent à persuader le téléspectateur que tous ceux qui ont participé au programme «Apollo» – y compris les astronautes – ne sont que des escrocs. Et, puisque les américains ont débarqué six fois sur la Lune, cette gigantesque supercherie médiatisée se serait reproduite à six reprises.
La diffusion de ce film idiot, je le relève, a notamment profité d’un coup de main, entre autres, des fils de la «corporation».
Dans le même genre, que dire du documentaire qui affirme que ce sont les services secrets US qui auraient organisé les attentats du 11 septembre 2001?!
Peut-être pourrait-on arrêter d’énumérer les exemples de la bêtise humaine qui, après tout, a le droit d’exister? Bizarrement, le droit d’exister ne s’applique qu’à la bêtise, qui ne touche pas aux intérêts de la «corporation».
Bref, je résume. De l’avis de la «corporation», le devoir de la planète consiste à ne jamais oublier les crimes perpétrés contre la «corporation». La population de notre planète, sous peine de poursuites pénales, ne doit pas connaître les crimes de la «corporation» contre cette même population. Evidemment, par nos temps humanistes, il est financièrement rentable et intéressant de se faire passer pour des victimes, alors que le rôle de bourreau est attribué aux autres.
Il s’en suit la conclusion:
La « corporation » a réussi à privatiser non seulement les médias, mais aussi la jurisprudence et l’histoire. Il en résulte qu’à l’heure actuelle, il est juridiquement interdit, en jetant un regard rétrospectif sur le passé, de toucher aux faits historiques indiscutables faisant ressortir que les crimes contre l’humanité perpétrés par les fils de la «corporation» se distinguent peu des crimes nazis, par leur ampleur et leur monstruosité.
Je suis en droit d’affirmer que, une fois privatisée (cette image est un peu douce), l’histoire et la jurisprudence ne relèvent plus du domaine scientifique: elles sont instrumentalisées au profit des intérêts de la Corporation (à partir de ce moment, je vais écrire le mot Corporation sans guillemets mais avec une Majuscule). Ci-dessus j’ai évoqué le sujet de la double (triple, quadruple etc…) nationalité. Il faut croire que la tricheuse institution de nationalité multiple est aussi l’un des produits de la jurisprudence privatisée, elle-même tricheuse. Le monde libre doit se pencher là-dessus et reconnaître que, du point de vue éthique, la nationalité multiple est inadmissible. Ici il y a tout lieu de citer la Bible qui, on le sait, est très univoque dans sa définition de ceux qui servent deux Seigneurs. Mais même le génie biblique n’est pas allé jusqu’à l’idée que l’on peut habilement «servir» trois, voire quatre «employeurs».
Des décennies durant, le Kremlin, on le sait, a eu à son service des disciplines pseudoscientifiques, telles que «le communisme scientifique» ou «L’histoire du PCUS». Or, la Corporation dispose à son service de «sciences» qui ont pour noms: «jurisprudence» et «science». Mais si le «communisme scientifique» n’avait pour raison d’être que de faire vivre une flopée de graphomanes fainéants, qui ne savaient pas trop ce qu’ils faisaient, la jurisprudence et l’histoire ont été monstrueusement dénaturées et faussées d’une façon tout à fait préméditée et cynique, en vue d’instrumentaliser les «sciences» citées ci-dessus.
Ayant mis la main sur les médias, la jurisprudence et l’histoire, la Corporation se sent aujourd’hui tout à fait à l’aise et confiante.
Il est vrai, le tableau général est gâché par le monde arabo-musulman, dans la mesure où leurs médias, leur jurisprudence et leur histoire échappent au contrôle de la Corporation. L’Orient s’est avéré moins facile à conditionner que l’Occident.
D’une façon plus générale, un occidental moyen est étonnamment crédule et naïf, il est plus facile à tromper. Cette qualité est activement exploitée par les membres de la Corporation.
Il est évident que, comme toute communauté, la Corporation n’est pas homogène. Une partie considérable de ses fils (appelons là – partie «claire», «éclairée», «lumineuse») n’a rien à voir avec les mensonges et les crimes cyniques, générés par l’autre partie (convenons de la désigner – partie «violette»). La partie «claire» est en tous points sympathique, instruite, talentueuse, voire géniale parfois. Parallèlement, la partie «violette» est tout aussi instruite, talentueuse, voire parfois géniale. Cependant, le problème, c’est que les «violets» manifestement prédominent. Et cela, sans aucune protestation quelque peu sérieuse du côté des «clairs». C’est plutôt le contraire qui se passe. Ce qui est tout à fait naturel. Lorsque même l’Occident tout entier est si bien dressé à fermer les yeux sur une expansion permanente, progressive, rampante et profonde de la Corporation, qui, parmi les siens – «clairs» et «honnêtes», – va élever sa voix contre une telle expansion, apportant des dividendes et bonus tout à fait palpables non seulement aux «violets», mais aussi aux «clairs».

Ce sont les idées qui me sont venues à l’esprit après mon vain appel aux médias français dépendants.
Ce serait intéressant de voir la réaction à ces réflexions. Silence de mort? Ou glapissements planétaires?
Par ailleurs, pour que ces réflexions soient entendues, il faut passer par les médias. Mais les médias appartiennent à la corporation profondément échelonnée et monoéthnique (ce qui n’empêche pas ses membres d’avoir la nationalité multiple).
Ca y est – la boucle est bouclée. Celui qui possède l’information, possède le monde.



DE MON EXPERIENCE PERSONNELLE


Depuis longtemps, il m’arrive d’entendre des avis et propos selon lesquels l’ordre dont il est question ici, gouverne le monde. Je n’ai jamais pris au sérieux ce genre de dissertations. Il m’arrivait parfois de contester cette approche, de la qualifier d’aberrante, mais le plus souvent, je laissais tomber.
Par principe, les théories de la conspiration m’étaient toujours étrangères. Elles ne m’intéressaient pas et me faisaient plutôt bailler. Je croyais que, d’une part, la vie est beaucoup plus mystérieuse et compliquée que toutes sortes de schémas abstraits spéculatifs et que, d’autre part, elle est plus simple que ne la présentent les avocats de cette théorie. Ma vision des choses là-dessus n’a changé ni en prisons soviétiques, ni après.
La connaissance personnelle de dissidents a, dans un premier temps, provoqué en moi une considération respectueuse envers cette communauté corporatiste. Avec ces personnalités, je me sentais à l’aise dans la mesure où, en règle générale, on est toujours bien en compagnie de gens intelligents, instruits, cultivés et talentueux. Egalement, j’étais admiratif devant les victoires militaires d’un Etat minuscule qui devait faire face à des voisins hostiles, approvisionnés en armes par le Kremlin. Bref, mon attitude envers la Corporation et l’Etat qu’elle a mis en place, avait toujours été plus que loyale.

J’ai compris certaines choses bien plus tard – seulement lors de mon séjour aux Etats-Unis où j’ai retrouvé mes compatriotes émigrés. Cette rencontre m’a enlevé les œillères. En fait, ces compatriotes (issus à cent pour cent des rangs de la Corporation) se faisaient passer là-bas pour des réfugiés qui auraient été persécutés en raison de leur appartenance ethnique. Contrairement aux fonctionnaires des services d’immigration US, je connaissais la vraie valeur de leurs «témoignages» macabres sur les «oppressions» et «persécutions». Cette imposture de masse fut une véritable révélation pour moi.

Il est de notoriété publique que l’URSS ignorait les libertés civiles élémentaires. Il est de notoriété publique que l’URSS était en proie à l’arbitraire et au despotisme. L’ensemble du peuple soviétique était dépourvu de tous droits. Naturellement, cela concernait aussi les membres de la Corporation. Dans les années particulièrement mouvementées, certaines catégories de la population et certains groupes ethniques ont subi de telles épreuves, qu’elles correspondent entièrement à la notion de génocide. Mais les membres de la Corporation sont loin d’être les principales victimes du bolchevisme, du stalinisme et du communisme en déclin. Au contraire, de nombreux fils de la Corporation ont été complices des forfaits communistes. Curieusement, à l’époque de leur émigration massive de l’URSS, la gestapo soviétique était dirigée par Andropov (devenu ultérieurement chef de l’Etat soviétique) qui – détail piquant – appartenait ethnique à la Corporation. En tout cas, c’est ce que nous révèle – non sans fierté – le site corporatiste http://sem40.ru dans sa rubrique «Il faut connaître les nôtres».
Et voilà ces soi-disant «réfugiés», qui en URSS étaient majoritairement mieux lotis sur le plan social que les autres ethnies, de se proclamer victimes de persécutions ethniques. Les membres de la Corporation se faisaient tellement concurrence en matière d’imposture sur ce sujet, qu’ils en ont fait une nouvelle discipline sportive. Seulement, contrairement aux épreuves sportives ordinaires, dans cette discipline tous les participants étaient gagnants. Emportés par un élan mensonger sur les supplices infernaux qui leur étaient infligés à cause de leurs origines, ils parvenaient tous à la ligne d’arrivée pour toucher le prix – le statut de réfugié, qui leur assurait un tas de privilèges.
C’est ainsi que les membres de la Corporation devenaient «pensionnaires» des pays favorisés. Y compris ceux d’entre eux qui avaient mis leurs talents au service du pouvoir communiste en prolongeant ses jours, et touché toute sorte de primes et distinctions des mains des autorités communistes pour leurs mérites particuliers.
Il est devenu évident pour moi que ces faux réfugiés étaient, en tout premier lieu, des émigrés économiques en quête de nouvelles opportunités. Naturellement, ils avaient aussi d’autres motivations, mais la composante économique était l’une des plus importantes. Certains de ces faux réfugiés – ceux d’entre eux qui n’ont pas réussi à se caser confortablement dans la vie – regrettaient leur émigration. Au fond, cela mettait à nu leur nature profonde et faisait apparaître leur indifférence absolue pour les libertés américaines. Pour ces gens-là, le statut social faisait beaucoup plus de poids que les libertés civiles. Autrement dit, il vaut mieux être professeur d’université ou chef de n’importe quel organisme dans un pays pas libre, que chauffeur de taxi ou travailleur manuel, ce qui est moins prestigieux, dans une Amérique libre.
On peut se faire une idée de l’ampleur de l’imposture, quand on sait que des millions de mes compatriotes s’étaient installés en Occident sous prétexte de «fuir les persécutions à cause de leur origine».

Une autre leçon inoubliable m’a été donnée par l’un de ces «réfugiés», avec lequel j’ai brièvement travaillé dans un petit atelier de meuble à New-York. Une fois, pendant la pause déjeuner, il s’est mis soudainement à me dire avec enthousiasme des choses que l’on peut résumer littéralement ainsi: «Le monde entier nous est soumis». Sur le coup, je n’en ai pas cru mes oreilles. Son discours n’était pas fait pour les gens aux nerfs détraqués. Il est superflu de préciser que le «réfugié» prolifique m’a pris pour un des siens. Sur tout le reste, il produisait une bonne impression: c’était un grand professionnel et tout ce qu’il faisait était fin et beau.

Une leçon non moins impressionnante m’a été administrée bien des années après, lorsque certains représentants de la Corporation, soucieux de disculper un criminel (lui aussi membre de la Corporation) ont déclenché contre moi une campagne médiatique mensongère de dénigrement. J’y ai répondu par mon article: «De la dissidence au stalinisme – il n’y a qu’un pas».

J’ai aussi appris pas mal de choses grâce aux médias français, avec la façon dont ils choisissent les priorités dans leur couverture des évènements. Il s’est avéré qu’à leurs yeux, une information sur une ressortissante russe inconnue, impliquée dans l’enlèvement de sa fille et les violences contre le père de cette fille, est beaucoup plus importante que celle sur un crime similaire, perpétré par un membre renommé de la Corporation, lui aussi impliqué dans le passage à tabac d’un homme. Alors que l’histoire de la ressortissante russe a fait beaucoup de bruit, les médias français ne brûlaient pas d’envie de couvrir les activités du membre de la Corporation.

Pour ce qui est du silence observé sur la menace cybernétique émanant de la Russie, j’en ai déjà parlé.

Non sans regret, j’y omets pas mal de mes autres constatations concernant le comportement et les activités des membres de la Corporation. Tout simplement, je dois m’imposer des limites dans la mesure où – sans ces limites – l’article risque de gonfler et de se transformer en un livre.

Cet article ne résulte pas d’une enquête exclusive sur les coulisses secrètes et soigneusement dissimulées de la face cachée d’un quelconque mystère. Ce travail n’a nécessité aucun document secret, religieusement gardé dans des archives inaccessibles. Il ne demande que la présence d’un esprit capable de résister aux fluides de la propagande de masse et, naturellement, les yeux largement ouverts sur le monde et débarrassés des oeillères. Hélas, il est rarement possible de réunir ces conditions dans la mesure où les gens immunisés contre la propagande de masse sont très peu nombreux, alors que les œillères qui limitent le champ de vision, sont innombrables.

En conclusion, je tiens à revenir à l’idée clef:
La nationalité multiple (ou «polynationalité») – est une institution vicieuse. Institution qui bafoue les normes éthiques et les principes de l’égalité civile, sans parler du principe de base selon lequel personne n’est en droit d’avoir plus d’une voix de vote.
Juste, une dernière chose.
On aimerait espérer qu’un jour la société occidentale sera suffisamment mûre pour s’interroger sur les effectifs et la disposition des armées des «Figaros violets», animés par l’idée qui peut se résumer en six mots: «Le monde entier nous est soumis».

Paris, 2009 ¤ Sergey POTYLITSYN


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